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Origines et évolution de l'accent québécois - L'Histoire nous le dira

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accent québécoishistoire linguistiqueanglicismesphonétiquepurisme linguistique

Основные идеи

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  • Le français québécois n'est pas un français figé du 17e siècle mais une variation qui a évolué.
  • L'accent résulte d'un long processus historique culturel, social, politique et religieux.
  • Les traits phonétiques québécois (sibyllation, relâchement des voyelles, diphtongie, nasalisation) ont des antécédents et des parallèles dans la francophonie.
  • La majorité des colons parlaient déjà un français francisé plutôt que des patois purs, donc la théorie du « choc des patois » est insuffisante.
  • Événements comme la Conquête britannique et la présence de l'anglais ont modifié le vocabulaire et favorisé des anglicismes.

Важные моменты

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  • Rejet de l'idée selon laquelle le français québécois serait figé au 17e siècle.
  • Définition et caractéristiques phonétiques identifiées (sibyllation, relâchement I U O, diphtongie, nasalisation).
  • La majorité des colons venaient de villes francisées, ce qui contredit l'hypothèse du choc massif de patois ruraux.
  • Rôle du français du roi et de l'administration dans l'unification linguistique en Nouvelle-France.
  • Impact majeur de la Conquête (1759) et de la politique britannique sur la place de l'anglais et les dynamiques linguistiques.

Термины

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Sibyllation — Prononciation sifflée des occlusives T et D (ex. 'tu dis' prononcé 'tu tsis').
Diphtongie — Transformation d'une voyelle simple en diphtongue (ex. 'neige' → 'maige').
Relâchement vocalique — Affaiblissement ou modification des voyelles I, U, O (ex. 'vite' prononcé 'vɪte').
Anglicisme — Mot ou tournure emprunté à l'anglais et intégré dans le français québécois (ex. 'soupe au barley').
Francisation — Processus par lequel des éléments linguistiques étrangers sont adaptés au système phonétique ou lexical du français.

Основное содержание

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1. Introduction et idées reçues sur l'accent québécois

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Je compte plus le nombre de fois où on m'a dit, comme à vous sans doute, j'en suis convaincu : J'adore votre accent ! Avant d'ajouter : C'est tellement folklorique ! Ouais, une formule qui n'est pas sans rappeler un certain OSS 117, bien décalé et incapable de réaliser la bêtise de son propos. D'autres fois, on ajoute un complément plus méprisant encore : Au Québec, on parle le français du 17e siècle !

Comme le signalait Anne-Marie Beaudoin-Bégin, non seulement cette idée est fausse, mais plus encore, elle porte en elle un jugement de valeur profondément présomptueux voulant que le français québécois, qui n'est qu'une variation linguistique comme une autre, serait figé dans le temps, celui de la Nouvelle-France, et qu'il n'aurait, à proprement parler, pas évolué. Le français québécois serait comme un reliquat d'un passé révolu. Mais rien n'est plus faux.

Le français parlé ici a évolué, il s'est construit au fil de l'histoire culturelle, politique, sociale et religieuse, ce qui donne sa couleur à notre accent. Pour comprendre comment celui-ci s'est formé, on ne saurait le séparer de l'histoire du français qui s'est développé ici. Et c'est là-dessus qu'il importe de se concentrer pour comprendre comment l'accent a pu se constituer.

Allez, aujourd'hui, à L'Histoire nous le dira : D'où vient l'accent québécois ? D'où vient-il ? Une question s'impose avant de se lancer dans le passé : Qu'est-ce que c'est qu'un accent ? Bon, pour le Petit Robert, il s'agit, et je cite, d'un ensemble des caractères phonétiques considérés comme étant en écart par rapport à la norme. Dans une langue donnée. Par normes, on pourrait entendre usage général ou encore, pour d'autres, les cadres fixés par l'Académie française.

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2. Traits phonétiques caractéristiques de l'accent québécois

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En ce qui concerne spécifiquement l'accent québécois, il y a certes des prononciations typiques, voire spécifiques, mais ces traits propres sont aussi à mettre en relation avec des traits qui ont existé ou qui existent ailleurs dans la francophonie. Le linguiste Wim Remissen identifie quelques-unes de ces caractéristiques : Dans un premier temps, la sibyllation, c'est-à-dire le fait de prononcer les consonnes occlusives T et D avec un sifflement, ts et dz. Par exemple, dans les mots tu dis, prononcé tu dis.

Dans un deuxième temps, le relâchement des voyelles I, U, O, comme dans vite, jupe, poule, qui donne vite, jupe ou encore poule. Troisièmement, la diphtongie, gazon qui transforme neige en maige ou encore patte en pâte. Enfin, l'importance donnée à la voyelle nasale an qui se rapproche du in.

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3. Origines historiques : la Nouvelle‑France et la formation du français québécois

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Cela étant, la question demeure : Comment l'accent québécois s'est-il développé ? Comment ? Eh bien, de la Nouvelle-France jusqu'au 21e siècle, le français est devenu l'avatar par excellence de l'identité collective, ce qui ne veut pas dire pour autant que son histoire ait été glorieuse ou chantée comme le gardien d'une culture minoritaire dans un Canada majoritairement anglophone.

Un des éléments qui distingue le français parlé au Québec, avec le vocabulaire, c'est l'accent. De là, il faut déjà corriger : il n'y a pas qu'un, mais bien des accents québécois, comme il n'y a pas un, mais des accents français. De la Gaspésie à Montréal, en passant par le Saguenay ou Québec, comme de Paris à Marseille, en passant par Lille, Lisieux ou Brest, les accents ne sont pas les mêmes et l'histoire permet de comprendre comment ils se sont ancrés dans un lieu et ont été encouragés ou encore décriés.

Mais la question demeure encore : Pourquoi parle-t-on ainsi au Québec ? Pourquoi l'accent québécois ? C'est la colonisation française du territoire qui va déterminer le type de français qui sera parlé dans la vallée du Saint-Laurent à l'époque de la Nouvelle-France. Certains, pour expliquer l'accent et la langue qui se sont développés au Québec, ont avancé la notion de choc des patois.

On part ici de l'idée que la France, de la fin du 16e au 17e siècle, n'avait pas d'unité linguistique, que le royaume était alors fortement dialectique. Bref, que les dialectes régionaux étaient plus importants que la langue française. Il faut souligner que les dialectes précèdent historiquement le français et que, dans les faits, le français est au départ un dialecte parmi d'autres qui s'est progressivement imposé au détriment des autres.

Pour le dire autrement, une grande partie de la population française ne parlait alors tout simplement pas français, mais plutôt un dialecte plus ou moins éloigné du français. Partant de ça, on a avancé l'idée que ce serait d'un choc de ces différents dialectes ou patois, comme le normand, le picard ou encore le poitevin, qu'aurait émergé le français québécois. Peu de gens soutiennent aujourd'hui cette théorie. Pourquoi ? Parce que cette idée de choc est incompatible avec la réalité des colons français qui s'établissent ici.

Dans un premier temps, il faut rappeler qu'avant 1663, la population de la colonie qui deviendra le Canada ne compte que 2 500 habitants, alors qu'en 1681, elle atteint le nombre de 10 000 et en 1700, celui de 15 000. Ces colons, on le sait, viennent principalement de villes françaises où on parlait un français régional et non des patois. Ajoutons à ça le statut social et le statut professionnel des nouveaux arrivants qui explique pourquoi la plupart d'entre eux étaient francisans plutôt que patois tisant, ou bilingues, évidemment.

Et comme le français était moins la langue commune partagée par tout le monde, il s'est logiquement imposé, même si certains immigrants ont pu parler ou comprendre un dialecte. Certes, beaucoup de ces colons venaient des campagnes, mais ces gens, avant d'embarquer sur les navires pour l'Amérique, devaient parfois demeurer plusieurs mois dans les villes portuaires comme Bordeaux, La Rochelle, Rouen ou Dieppe, qui elles constituaient des lieux très francisés.

Ainsi donc, affirmer que les habitants de la Nouvelle-France, à leur arrivée sur le territoire, emportaient avec eux leur patois est une erreur dans la mesure où la très grande majorité parlait français ou était en contact soutenu avec des lieux où le français était majoritaire. Il y avait bien quelques colons qui parlaient leur patois métropolitain, comme le normand, le bourguignon, le lorrain ou le poids-de-vin, mais leur connaissance du français était assez grande pour leur permettre de s'intégrer à la langue dominante, parlée par le plus grand nombre et surtout celle des autorités françaises, comme l'a maintes fois souligné l'historien Marcel Trudel.

Cette réalité est d'autant plus évidente que dans les critères de sélection des candidats à l'immigration pour le Canada, la connaissance du français a pu être mise de l'avant. La langue qui se développe en Nouvelle-France est alors directement issue de celle qu'on parle dans la métropole et plus spécifiquement à Paris. Bacqueville de la Poterie, contrôleur général de la Marine au Canada en 1702, ira même jusqu'à écrire, et je cite : "On parle ici parfaitement bien, sans mauvais accent, quoiqu'il y ait un mélange de presque toutes les provinces de France. On ne saurait distinguer le parler d'aucune dans les Canadiennes."

Le français parlé en France et celui de la Nouvelle-France avaient bien plus de similitudes que de différences entre la fin du 17e siècle et la première moitié du 18e siècle. Les premiers Canadiens étant des Français, leur langue prolonge l'usage français et il a dû falloir un certain temps avant que les différences apparaissent. Cela dit, en raison de l'origine régionale de bien des colons, certaines pratiques caractéristiques ont pu s'installer très rapidement, surtout sur le plan du lexique.

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4. Traits hérités et variations régionales dans la prononciation

Спикер A8:05

Le linguiste Claude Poirier signale dans les deux cas des prononciations attestées dans les documents du régime français qui ne sont pas étrangères à l'accent québécois d'aujourd'hui, comme le maintien du son lié au T final dans des mots comme boutte, fouette, lite, piquette ou encore pote. Soulignons quand même que l'instabilité du T en finale de mot est bien attestée dans l'histoire du français tout court. Le T, s'étant amoui au 16e siècle, a eu tendance à réapparaître sous l'influence de l'orthographe.

Au final, l'usage qui s'est fixé diffère des deux côtés de l'Atlantique. Bout et lit au Québec, alors que but et hôte sont plus courants en France qu'ici. Très tôt, peut-être même dès le début, il y a une forme d'unité linguistique en Nouvelle-France. Dans un premier temps, ce qu'on appelle le français du roi, celui de l'administration, des fonctionnaires et des officiers de l'armée, va s'établir et se maintenir non seulement à Québec, où se trouve le siège administratif, mais aussi dans la vallée du Saint-Laurent.

Rappelons quand même que le gouverneur et sa suite quittaient Québec en janvier pour aller s'établir à Montréal, avec des relais à Neuville, aux Trois-Rivières et à Berthier, ce qui permettait d'étendre encore plus le champ d'action de ladite langue du roi. L'unification est aussi facilitée par la langue, très majoritairement française, parlée par la population concentrée dans la vallée du Saint-Laurent, entre Québec et Montréal.

Cette unité linguistique dans la colonie favorise également la cohésion sociale et religieuse entre les habitants. L'unité linguistique de la colonie sera également renforcée avec l'arrivée du régiment de Carignan-Salières. Ce sont tout près de 1 500 hommes qui débarquent dans la colonie pour sécuriser les lieux face aux menaces iroquoises. D'ailleurs, vous irez voir, on a fait une vidéo là-dessus. La colonie ne compte alors qu'à peine 3 000 personnes, c'est dire l'importance du détachement militaire.

En 1663, on estime que 400 de ces soldats vont rester et s'établir dans la colonie. De ce nombre, 283 se marieront et auront une descendance, dont plusieurs avec des filles du roi. Elles aussi vont jouer un rôle important dans l'unité linguistique, puisqu'on avance que ces 764 jeunes filles auraient eu, au total, quelque 4 500 enfants. Selon certains spécialistes, on estime que 80 % d'entre elles parlaient français et près de la moitié étaient... parisiennes, contribuant par le fait même à étendre l'emprise du français du roi.

On raconte qu'aujourd'hui, près d'un million de Canadiens et de Canadiennes descendraient de ces filles envoyées peupler la colonie et de ces soldats venus défendre la Nouvelle-France. On aurait cependant tort de penser que l'unité linguistique, qui est en train de prendre corps, s'accompagne d'une unité du parler. Les grandes études datant du 20e siècle, comme celle de la Société du parler français du Canada et celle de l'Atlas linguistique de l'Est du Canada, ont permis de faire des extrapolations et de déterminer que 3 grandes zones sont à distinguer à l'époque de la Nouvelle-France.

Il y a, dans un premier temps, le parler de l'Ouest et du Sud-Ouest, autour de Montréal, le point de transition étant Trois-Rivières. Zone où l'on ressent l'influence des formes langagières de l'ouest de la France. Dans un deuxième temps, le parler de l'Est, autour de la ville de Québec, qui a reçu proportionnellement plus de colons originaires du centre de la France, notamment de l'Île-de-France, qui comprend bien sûr Paris. Cette zone était celle où le français du roi s'implantait le plus rapidement.

Enfin, la dernière zone, celle du parler acadien et au-delà, comprenant les provinces maritimes actuelles ainsi que la Gaspésie. Ici, beaucoup de colons sont originaires de l'ouest de la France, mais aussi du nord-est du Poitou, ce qui constitue aujourd'hui le département de la Vienne. On voit ici, en partie, l'origine de certains accents. Cela étant, il faut encore avancer dans l'histoire pour comprendre comment l'accent québécois s'est distingué de celui de la France et des autres régions francophones.

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5. Conquête britannique et influence de l'anglais

Спикер A12:21

Et, comme on s'en doute, ce n'est pas parce qu'il est resté figé aux 17e et 18e siècles, oh que non! La bataille des Plaines d'Abraham en 1759, mais plus encore le traité de Paris 4 ans plus tard, fait basculer la Nouvelle-France dans le giron britannique. Dorénavant, avec la Proclamation royale, le roi anglais décrète les lois et les frontières qui confirment l'ascendant britannique sur le territoire. De Nouvelle-France, on passe à la dénomination de Province of Quebec, province de Québec, et l'anglais doit dominer pour les nouveaux dirigeants.

Mais c'est sans compter sur l'obstination de la population majoritairement francophone sur le territoire. L'administration britannique introduit le serment du test en 1763, obligeant les fonctionnaires voulant travailler dans l'administration à reconnaître l'autorité du souverain britannique, mais aussi à renier la religion catholique. On veut s'assurer que les Canadiens adoptent non seulement la langue, mais aussi la culture et la religion britanniques.

À terme, avec l'Acte de Québec en 1774, les catholiques n'auront plus à abjurer leur foi pour obtenir une charge officielle, tandis que l'Église catholique recouvrera une partie de ses droits passés. Autre élément déterminant pour la transformation de la langue au Québec: l'établissement du premier journal imprimé dans la colonie, la Gazette de Québec, The Quebec Gazette, en 1764, qui est, par la force des choses, bilingue.

La présence quotidienne de la langue anglaise, d'abord dans le commerce et dans la vie politique, va nécessairement transformer le français que l'on parle ici. En plus d'être coupé des influences de la France, on voit s'immiscer çà et là dans le vocabulaire des mots et des formules directement empruntés à la langue de Shakespeare. Prenons l'exemple de l'orge, que les habitants cultivaient sur leurs terres. Si dans les chants ils conservent ce nom, en revanche, on parlait plutôt de soupe au barley, car c'est le mot anglais qu'on lisait sur les sacs qui servaient à empaqueter le produit.

On retrouve aussi des anglicismes qui s'adaptent au phonétisme français: sauce pan s'écrit sauce pan et teapot devient tépot. En 1791, l'Acte constitutionnel adopté par le Parlement britannique octroie à ce qu'on appelle maintenant le Bas-Canada une Chambre d'assemblée et en décembre 1792, le débat s'engage sur la question linguistique. Le député John Richardson va proposer que seul l'anglais est force de loi. Pourtant, après 3 jours de débats, les députés francophones, unanimes, obtiennent gain de cause: le français va s'imposer.

En 1793, Londres va finalement trancher: l'anglais demeure la seule langue officielle du Parlement, le français n'est reconnu que comme langue de traduction. Sans valeur juridique, la langue française continuera cependant d'être utilisée dans les débats ou la rédaction des lois comme langue traduite, du moins jusqu'à l'adoption de l'Acte d'union en 1840, qui fera de l'anglais la seule véritable langue officielle du pays. À cette époque naît une nouvelle bourgeoisie libérale qui a la ferme intention de se faire entendre et qui acquiert une reconnaissance sociale de plus en plus importante. La langue française entend bien se maintenir.

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6. La divergence avec la France : révolution et transformations linguistiques

Спикер A15:45

On peut d'ailleurs lire dans le Québec Mercury : Je cite : Cette province est déjà beaucoup... ou trop une province française pour une colonie anglaise. Cela dit, les lois n'expliquent pas complètement pourquoi l'accent québécois est aussi différent que celui de la France. Eh bien justement, c'est en France qu'il faut aller pour comprendre comment la langue va évoluer.

Si la Province of Quebec, qui devient ensuite le Bas-Canada, est fortement influencée par la langue anglaise, la France métropolitaine n'est pas non plus étrangère à ce phénomène. Dans les années 1750, la France est peu à peu atteinte d'anglomanie, cet amour, inconsidéré diront certains, que les Français entretiennent avec l'Angleterre. On joue au whist, on prend le thé, on va aux courses, on porte une redingote, francisation de riding coat, on se nomme gentleman plutôt que gentilhomme. Bref, l'Angleterre entre en France par la porte du bon goût et de la nouveauté. Tout ce qui est anglais attire et attise.

La Révolution française constitue une époque de grandes transformations politiques, religieuses, culturelles, sociales et linguistiques. En effet, en 1790, on entend offrir aux citoyens une langue commune étendue à tout le territoire. L'abbé Grégoire rédige, en se basant uniquement sur 49 personnes ayant répondu à son rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir le patois et d'universaliser l'usage de la langue française, tout investi de la volonté de donner au peuple l'usage unique et invariable de la langue de la liberté. Ouais, tout ça en se basant sur 49 personnes.

C'est la langue et la prononciation de la langue des catégories supérieures qui doit maintenant s'imposer. Ainsi, la prononciation oué passe à wa. On change donc la prononciation de poisson à boisson et de croire à croire. Ajoutons que la prononciation é passe à wa, comme dré devient droit, et la prononciation é passe à a, ainsi de père à père, mère à mère, frère à frère.

S'inscrivent alors entre la France et le Canada français de profondes différences sur la manière de dire les mots, mais aussi de conserver ou non certains. La Révolution qui se déroule en France est donc également une révolution phonétique. Ainsi, si on disait jusque-là ceux à table, notre maison, sarge et frette, comme on le fait encore au Québec, à certains endroits du moins, après la Révolution, en France, se met à dire sur la table, notre maison, Serge est froid. La fracture dans l'accent entre la France et le Québec s'élargit encore davantage.

Le 19e siècle français se fait le champion du processus de grammatisation et surtout de purisme linguistique qui est marqué par la publication de nombreux ouvrages qui deviennent des succès de librairie, tel le Manuel des amateurs de la langue française, ou encore les Annales de grammaire. Au Bas-Canada, la langue française, par rapport à celle qui est parlée et surtout normée en France, a des caractéristiques bien singulières et, sans contredit, originales. La prononciation qui se fait ici est alors associée, du moins en France, à l'usage populaire. L'usage soigné s'éloigne de la prononciation qui est celle du Québec.

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7. Réactions, purisme et campagnes de correction au XIXe siècle

Спикер A19:18

Au 19e siècle, commence à s'imposer l'idée du français qui a dégénéré, pire, qui a été perverti par des anglicismes et des barbarismes. Michel Bibeau, qui tient une chronique dans l'Aurore intitulée Ne dites pas, médite !, entend établir les bases pour éviter que le français ne dérive. Cela n'empêche pas Jacques Vigée, en 1810, dans sa Néologie canadienne ou Dictionnaire des mots créés en Canada et maintenant en vogue, de relever les différentes influences langagières, anglaises bien sûr, mais aussi autochtones.

Reste que la tendance à la critique est très forte. L'anglais colore, déforme, disent certains, de plus en plus la langue. À la suite de la Rébellion des Patriotes, en 1837 et 1838, on envoie au Canada Lord Durham pour enquêter sur les révoltes et tâcher d'y trouver des solutions. Durham, en 1839, soumet son rapport qui mènera à l'Acte d'union en 1840. Pour lui, les Canadiens français forment, et je cite : une société vieille et retardataire, un peuple sans histoire et sans culture qu'il faut assimiler.

Durham recommande que le gouvernement britannique fasse rapidement venir des Anglais dans la province et que le gouvernement soit confié à une assemblée décidément anglaise. La volonté d'assimiler purement et simplement les Canadiens français est clairement établie, d'autant plus que plusieurs anglophones considèrent que le français qui est parlé ici n'est rien d'autre qu'un vulgaire French-Canadian patois. À leurs yeux, comme il ne s'agit pas d'un vrai français, l'assimilation n'en sera que plus facile. Pour certains, il faut revenir au français parlé en France. Se calquer sur lui, l'épouser.

Un de ceux qui va fustiger et corriger la langue d'ici est Thomas Maguire, Maguire comme on devrait le prononcer, comme la rue à Québec, mais à Québec, on dit Magouard. Il naît à Philadelphie et apprend le français au contact de Français de France, en même temps qu'il devient prêtre catholique. Il finit par s'installer à Québec et entend purger la langue de ce qu'il considère comme des barbarismes.

En 1841, Maguire publie son Manuel des difficultés les plus communes de la langue française, qui n'est ni plus ni moins qu'une charge contre le français canadien. Le prêtre y dénonce les locutions vicieuses, entendons par là toutes celles qui ne se retrouvent pas dans des dictionnaires français. Plus encore, Maguire entend promouvoir, et je le cite : un mouvement pour la prononciation soignée dans le discours public.

Citons encore Pierre-Joseph-Olivier Chauveau qui, une dizaine d'années avant de devenir le premier ministre du Québec, en 1867, écrit, et je le cite : La classe lettrée ne soigne pas toujours autant la prononciation qu'elle devrait le faire. En 1896, Raoul Rainfrais, dans son Dictionnaire de nos fautes contre la langue, écrit : En général, nous le prononçons grave dans une foule de mots où il est doux. Nous donnons par erreur le même son à phare et fort, tard et tort, vieillard et vieil or. C'est un de nos principaux défauts de prononciation.

Pour Joseph Dumais, en 1905, le constat est encore plus dur. Selon lui, et je le cite : Il est souvent plus agréable d'écouter parler un français ignare qu'un Canadien instruit. On peut véritablement parler ici d'une campagne de rectification langagière qui se met en place et qui prend plusieurs formes, à commencer par la parution de recueils de fautes et de chroniques de langage correctif dans les journaux.

D'ailleurs, au tournant du 19e et du 20e siècle, il y aura de plus en plus de manuels consacrés à la diction. L'idée était de revenir à la langue plus pure, celle de la France, qui seule peut donner le la sur le bien parler. Le linguiste Claude Poirier voit ici les origines du complexe linguistique des Québécois, ce que Chantal Bouchard qualifie de la perte de légitimité et ce qu'Anne-Marie Beaudoin-Bégin appelle l'insécurité linguistique.

Toujours est-il qu'à partir de la seconde moitié du 19e siècle, on fustige la manière de parler à la canadienne. Cela devient un défaut national qu'il faut corriger par tous les moyens. La nécessité pour Magloire, comme pour plusieurs, de rétablir la langue et la prononciation est d'autant plus fondamentale que les anglophones considèrent la mauvaise qualité du français comme synonyme d'inculture.

Une grande césure s'opère alors : d'une part, ceux qui veulent châtier la langue, la faire ressembler à celle qui est parlée et écrite en France, et de l'autre, ceux qui parlent la langue telle qu'elle est, celle de la population francophone, formée par les apports de l'anglais, mais aussi héritée de celle de la Nouvelle-France qui n'a pas suivi la transformation que la langue a connue après la Révolution française en France.

On ne compte plus les pourfendeurs du français québécois à la fin du 19e siècle, notamment Jean-Paul Tardivel, qui affirme, et je le cite : L'anglicisme, c'est l'ennemi ! L'emprunt à la langue anglaise est non seulement un danger rampant qui corrompt la langue, mais qui est, pour reprendre les mots de Joseph-Amable Mansault, je le cite : une tache de sang qui nous montre par où sont passées les griffes du lion britannique, et ces griffes, qui l'ignorent, torturent et égorgent notre langue en attendant qu'elles la tuent.

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8. La foi, l'Église et la protection du français

Спикер A24:56

Bientôt, on va promouvoir l'idée de La foi gardienne de la langue, la langue gardienne de la foi. Cependant, la langue et l'accent de l'Église s'opposent souvent à ceux des ouailles qu'elle prétend ou entend défendre. C'est le début d'une longue histoire pour le maintien et l'affirmation de la langue française parlée au Québec et de la reconnaissance de son patrimoine langagier et de ses accents qui donnent une couleur, mais aussi une vie propre qui ne fait qu'enrichir la langue française.

Comme l'a écrit mon grand-père Gaston Dulon, dans son édition abrégée chez Larousse de son Atlas linguistique de l'Est du Canada, et je vous le cite, et ça me fait très plaisir : Notre société autrefois majoritairement agricole est devenue majoritairement citadine suite à une industrialisation faite par des Anglais puis des Américains. Cela a eu pour conséquence une invasion massive de technique anglaise contre laquelle nous avons été longtemps impuissants.

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9. Normes de prononciation et décolonisation linguistique

Спикер A25:57

Cependant, depuis le début des années 1960, s'est amorcée une décolonisation linguistique dont les effets bénéfiques sont déjà visibles. Au cours du 20e siècle, ils seront nombreux au Québec à vouloir imposer une prononciation soignée à tout un chacun, notamment dans les collèges classiques. Pour ne donner que quelques exemples, en 1902, Stanislas Alfred Lortie et adjudant Rivard vont fonder la Société du parler français au Canada, dont le rôle est de décrire la langue d'abord et avant tout, bien sûr.

Plusieurs auteurs, à cette époque, publieront des manuels de prononciation pour bien imposer un accent que l'on veut plus lisse et plus conforme à ce que l'on retrouve de l'autre côté de l'Atlantique.

26:40

10. Écoles de diction, radio et télévision : diffusion des normes

Спикер A26:40

Dès 1907, au Conservatoire LaSalle, fondé à Montréal, deux comédiens français, Eugène Lassalle et sa femme Louise Larcet, de son vrai nom Louise Landreau, on prodiguera des cours de diction à la grande majorité des comédiens et des comédiennes, mais aussi aux animateurs et animatrices de radio et ensuite de télévision.

Alors que la station radiophonique CKAC ouvre ses portes en 1922, tandis que la radio de Radio-Canada est lancée en 1936 et la télévision commence à émettre en 1952. Yvonne Audet, qui sera d'ailleurs formée au Conservatoire LaSalle, ouvrira en 1933 une école de théâtre rue Saint-Hubert à Montréal, où elle accueillera des enfants de tous les milieux.

Cinq ans plus tard, en 1938, elle publie Les Monologues du petit monde, dont le but est d'offrir aux enfants un manuel de prononciation. Dans les années 1940, on compte une quarantaine d'écoles de diction avec près de 175 filiales un peu partout dans la province.

La Société Radio-Canada, consciente de son rôle dans l'espace public, va vouloir devenir une référence et elle se dote de pratiques linguistiques bien précises. En 1939, Radio-Canada fait paraître un guide, Clinique de mots, dans lequel on fixe des règles pour la prononciation. On voit un français dit radio-canadien se diffuser, s'imposer partout dans la province.

28:07

11. Le joual et l'affirmation d'une identité linguistique québécoise

Спикер A28:07

Il se veut international et poursuit l'idéal d'une norme à atteindre pour bien parler. Arrive ensuite le joual, dont je parle dans mon livre L'Histoire nous le dira, vous irez voir, qui va changer durablement au Québec le rapport à la langue.

C'est ainsi que, par un long processus de transformation, l'accent et la langue, les deux vont de pair, ont acquis en terre canadienne une identité forte et plurielle.

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12. Conclusion et au revoir

Спикер A28:32

Allez, c'est fini pour aujourd'hui, j'espère que ça vous a plu. Je suis Laurent Turcot de L'Histoire nous le dira et je vous dis à la prochaine. Bye!